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06/08/2010

Insécurité:un Ploquin vaut mieux qu'un grand discours.

Long mais essentiel pour comprendre la situation dans laquelle nous sommes au plan de la lutte contre l'insécurité.Écrit en 2009,cet article démine méticuleusement la politique du Méprisant en ce de domaine.Accablant est le mot qui convient.
A garder dans un coin de notre tête d'électeur,à sortir en 2012 avant d'entrer dans l'isoloir!
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INSECURITE C'EST PIRE QU'AVANT

Rédigé par FREDERIC PLOQUIN le Samedi 21 Mars 2009



En va-t-il des statistiques de la délinquance comme de la finance? Y a-t-il du Madoff derrière la descente en pente douce des crimes et délits, comme on découvre qu'il y avait du maquillage dans les comptes des escrocs du capitalisme? En vérité, la question n'agite guère les médias, comme si toute contre-enquête était interdite sur ces chiffres certifiés conformes qui viennent chaque mois rassurer les Français: dormez tranquilles, braves gens, les voleurs et les criminels sont en train de disparaître de la surface de l'Hexagone! C'est Nicolas Sarkozy qui le dit, qui le chante, sur tous les tons et toutes les chaînes. Cette chanson douce a même fini par remplacer le fracas des faits-divers qui, hier, faisaient la une des médias. Et pourtant... la situation a empiré. Il suffit pour s'en convaincre d'observer l'actualité de ces deux dernières semaines. A Gagny (Seine-Saint-Denis), c'est une bande qui fait irruption dans un établissement scolaire et règle ses comptes, en plein cours, avec une bande adverse. Le même week-end, bataille rangée dans les rues de Chanteloup-les-Vignes (Yvelines). Et voilà qu'aux Mureaux (Yvelines), au détour de violentes échauffourées, huit jours après la mort d'une figure du quartier au cours d'une course-poursuite avec la police, un jeune brandit un fusil et arrose de plomb les CRS. Bilan: une dizaine de blessés. Comme lors des émeutes de novembre 2005, sauf que, à l'époque, la presse en avait fait ses gros titres...

Le bel habillage des chiffres commence d'ailleurs à craquer ici et là. Dans les Côtes-d'Armor, c'est un patron de la police, Yannick Blouin, fraîchement nommé, qui met discrètement en cause le bilan de son prédécesseur en affirmant, l'air de rien, que tous les cambriolages, tous les vols de voitures, toutes ces dégradations qui nourrissent la «délinquance de proximité» n'ont pas été enregistrés ces dernières années. Comme si l'on avait atteint les limites en matière de tripatouillage. Comme si ce fonctionnaire craignait de devoir bientôt endosser une hausse inévitable de la délinquance, simplement parce qu'il ferait preuve d'honnêteté et n'exigerait pas de ses troupes qu'elles évacuent du bilan toutes les plaintes concernant un préjudice inférieur à 400 Euros... Depuis, ce commissaire inconscient a été rappelé à l'ordre, mais d'autres ont pris le relais, levant le voile sur ces statistiques devenues le seul indicateur de la sécurité des Français depuis que Nicolas Sarkozy a imposé la «culture du résultat». «Les statistiques, c'est une façade, une grande illusion, assène un responsable départemental du Syndicat national des officiers de police (Snap). Le bon flic, aujourd'hui, ce n'est pas celui qui arrête trois gros voyous par an: c'est celui qui fournit de bons chiffres.»

Le président continue cependant à ne jurer que par eux. Le chiffre qu'il affectionne le plus, c'est celui de l'augmentation de la délinquance entre 1997 et 2002. Ces fameux «15%» qui ont permis d'écarter Lionel Jospin de la route vers l'Elysée - on ne reviendra pas sur ce raz-de-marée de petits délits, largement alimenté par l'informatisation des gendarmeries et la mise en place de la police de proximité, ni sur l'incapacité du gouvernement socialiste de l'époque à communiquer sur le sujet, englué dans un carcan idéologique qui le coupait de la réalité du quotidien des Français. Nicolas Sarkozy sait que l'épouvantail de la gauche fauteuse d'insécurité commence à montrer des signes d'usure. Mais il insiste. Pour «impressionner» son public, il dispose même d'une botte secrète: le nombre des crimes et délits qui auraient pu avoir lieu s'il n'avait repris les choses en main. Sachant que la délinquance a baissé de 13,5% depuis 2002, «c'est 1,5 million de crimes et délits qui ont été évités aux Français», lançait-il le 14 janvier dernier, lors de ses voeux aux forces de sécurité. Effet garanti sur le public, un peu comme si on lui montrait le monstre du loch Ness en direct.

On peut d'ores et déjà affirmer que la délinquance baissera à nouveau en 2009, sauf à voir rouler dans la farine des têtes de préfets, de directeurs départementaux et de commissaires dont la promotion (et les primes) ne dépendent plus que de cela. Mission: rentabilité. Malgré la diminution annoncée des effectifs (de 10 000 à 12 000 policiers et gendarmes devraient disparaître du paysage dans les quatre ans avenir). En attendant ces bonnes nouvelles, une descente dans les arrière-cuisines s'impose.

1- Les dessous de la baisse «générale»
La baisse de la délinquance «générale» a été de 1% en 2008, s'est félicité le président de la République au mois de janvier. Outre que le chiffre est arrondi généreusement (le ministère de l'Intérieur évoquera quelques jours plus tard une baisse de 0,86%), il n'a pas grand sens, comme ne cesse de le répéter Alain Bauer, grand manitou des statistiques de la délinquance, dans la mesure où il brasse dans un même pot les pires crimes et les simples vols de chéquiers.

En sortant la loupe, on s'aperçoit que cette baisse est essentiellement due au reflux des atteintes aux biens (qui pèsent lourd dans l'indicateur «général»). A lire les études de l'Office national de la délinquance, justement présidé par Alain Bauer, voilà une quinzaine d'années que la rubrique fond sous l'effet conjugué des portes blindées et autres systèmes antivol inventés par les constructeurs automobiles. Pas forcé ment de quoi pavoiser, donc.

Le développement des polices privées ou municipales, aux frais du contribuable, aide également à contenir cette délinquance dite de proximité. Ce sont aujourd'hui près de 20 000 hommes qui pallient les déficiences de l'Etat dans les grandes villes. Et ce n'est qu'un début, selon le pronostic du syndicat Unsa, qui craint une «américanisation» et un «recul de la police républicaine». Déjà, un certain nombre de petits délits - dégradations, feux de poubelles... - ne parviennent même plus aux oreilles de la police, échappant ainsi à toute comptabilisation: les municipaux s'en occupent.

Il existe par ailleurs plusieurs moyens, en toute légalité, de rétrécir les filets afin d'obtenir des statistiques satisfaisantes. Le premier est tellement simple qu'on l'oublierait presque: les commissariats ne sont pas extensibles. Il suffit d'en visiter un pour comprendre que le manque de bras opère un premier tri parmi les plaignants. Faire la queue pendant plusieurs heures, les victimes d'un simple vol n'y sont pas toujours prêtes. Beaucoup renoncent pour ne pas perdre une demi-journée de boulot. Les larcins «anecdotiques» passent ainsi à la trappe, surtout s'il n'y a aucune chance d'arrêter les auteurs. Pourquoi attendre pour des faits qui seront, à coup sûr, classés sans suite?

Dans le monde rural, tenu par la gendarmerie, le regroupement des forces en «communautés de brigades» a eu à peu près le même effet. Le but recherché n'était certainement pas de faire baisser le nombre de plaintes, mais c'est mécanique: les kilomètres à parcourir dissuadent le plaignant. Il reste aux commissaires de police à faire preuve d'imagination pour ne pas se retrouver au piquet. Et ils n'en manquent pas. Faire passer un délit dans la case contravention est un jeu d'enfant. Il suffit de fixer un barème: si les dégâts signalés par la victime sont d'un montant inférieur à 200 Euros, ce sera une contravention. Personne n'ira vérifier si le prix de la réparation a finalement dépassé la limite fixée. Un rétroviseur cassé, c'est typiquement le genre de faits qu'il vaut mieux garder à l'écart des «faits constatés». Non seulement parce qu'il y en a beaucoup, mais parce qu'on n'a aucune chance d'arrêter l'auteur, ce qui grèvera le taux d'élucidation...

«Chacun a été responsabilisé, jusqu'au plus bas niveau», remarque un fonctionnaire. Au risque de friser le truquage pur et simple? En cas de flambée, on peut toujours bloquer le compteur avant la fin du mois sans que personne s'en aperçoive. Une journée de crimes et délits en moins, cela peut vous inverser une tendance. Mais gare à celui qui se fait prendre les mains dans la tambouille!

2- La petite cuisine du taux d'élucidation
«Le niveau des taux d'élucidation est fantastique, s'est encore enflammé Nicolas Sarkozy à la mi-janvier. On trouvait un coupable sur quatre, avec un taux d'élucidation de 27%. Aujourd'hui, on est passé à 37%. [...] J'ai fixé un objectif: 40%. On s'en approche. Non seulement vous travaillez plus, mais vous travaillez mieux!»Comment expliquer ce «miracle»? Les prouesses du fichier des empreintes digitales (86 000 affaires résolues en 2008) et du fichier des empreintes génétiques ne font pas tout. C'est l'ensemble de l'activité de la police qui a été revue et orientée en fonction de cet objectif. Pour l'image de la brigade, mieux vaut interpeller une quarantaine de fumeurs de joints dans le mois que de mobiliser cinq fonctionnaires sur une équipe de trafiquants aguerris que l'on n'est même pas certain de coffrer. Un gramme de shit = une procédure = une affaire résolue. Dans le même ordre d'idée, mieux vaut ramasser des prostituées dans la rue que de s'épuiser en longues et chères surveillances pour coincer un proxénète. Mieux vaut encore ramasser cinq clandestins que de s'attaquer à une filière d'immigration clandestine. Mieux vaut se focaliser sur ce qui est immédiatement rentable si l'on tient à son poste. Quitte à privilégier la facilité ou la chasse au faciès au détriment de la traque des vrais voyous.

Les secrets de fabrique des chiffres de la délinquance se nichent dans les détails. Pour obtenir le résultat qui fera plaisir aux grands chefs, on n'invente rien. On va simplement chercher ce qu'on ne cherchait pas forcément avant. On joue aussi avec les cases et les colonnes. Un certain nombre de faits qui restaient jusque-là au niveau de la main courante font désormais l'objet d'une plainte. C'est notamment le cas des vols à l'étalage ou les différends entre voisins. Point commun: aussitôt constatés, aussitôt élucidés. Le taux d'élucidation devait être un indicateur, il est devenu une fin en soi.

Peut-on en déduire que le pays est «plus sûr»? Les statistiques sont bien tenues, mais de plus en plus de policiers admettent, à voix basse, qu'ils ne font plus tout à fait le métier qu'ils avaient choisi. Le commissariat est devenu une machine à produire du taux d'élucidation. Dernière vache à lait à la mode, l'automobiliste: sur la route, une infraction constatée est automatiquement résolue. Pour améliorer ses courbes, on a même vu un policier verbaliser une conductrice parce qu'elle fumait une cigarette en conduisant. A côté, les affaires financières à rallonge, avec un fait élucidé au bout de trois ans d'enquête, c'est la dèche!

Les primes au résultat ont encore accéléré la cadence: l'argent, c'est pour celui qui présente de «bons» chiffres. Et chacun d'oublier l'essentiel: ce n'est pas parce que l'auteur d'un délit ou d'un crime a été identifié qu'il a été arrêté, et encore moins qu'il a été déféré devant la justice.

3- les violences familiales
La technologie est au coeur de l'important reflux des «violences d'origine crapuleuse aux personnes» en 2008 (- 5,4%), dont Nicolas Sarkozy se garde bien de pointer la principale cause: les moyens mis en oeuvre par les fabricants de téléphones portables pour neutraliser les appareils volés. Ce qui n'a évidemment rien à voir avec l'action de la police elle-même.

Les violences non crapuleuses (autrement dit gratuites), elles, ne cessent de progresser: + 6,4%). C'est le gars qui prend un coup de couteau pour une cigarette ou le coup de poing qui part sur un quai de métro pour un regard mal interprété. Le genre de dérapages imprévisibles que la police serait bien en peine d'éviter.

Pour ne pas s'attarder sur ce chiffre assez gênant, le président de la République a choisi de le noyer dans la flambée des violences dites «intrafamiliales». «On n'intervient pas dans une famille comme dans une rixe dans la rue», a-t-il glissé. Manière de suggérer que ce mauvais chiffre n'était pas tout à fait du ressort de la police. Il est en fait le résultat d'un système qui le sert par ailleurs: avant, les violences légères au sein de la famille se soldaient le plus souvent par une main courante. On convoquait le mari et on lui faisait la morale sans laisser aucune trace dans les statistiques. Aujourd'hui, une femme battue est invitée à déposer une plainte. Parce qu'il y a eu une campagne sur les violences faites aux femmes, mais aussi, plus sournoisement, parce que ces faits viennent booster le sacro-saint taux d'élucidation: l'auteur des coups étant connu, les faits sont automatiquement élucidés.

Les maris ne sont pas forcément plus violents qu'avant, mais ce changement d'attitude de la police «relève le stock», selon le mot d'un spécialiste. Même chose avec les violences sexuelles. L'augmentation massive des plaintes dans ce domaine (+ 3,4%) renvoie d'abord à une plus grande sensibilité sur le sujet. Les poursuites et les condamnations s'envolent, elles aussi, signe que la justice prend le phénomène en compte.

Ces réserves mises à part, les agressions physiques (plus de 400 000 faits signalés en 2008) ne risquent pas de se calmer. La tendance est même inscrite dans la durée, remarquent les criminologues: désormais, pour dérober une voiture, on s'en prend au conducteur et on le déleste de ses clefs. De même pour les cambriolages: il est plus facile de se faire ouvrir la porte par sa victime que d'attendre qu'elle s'éloigne pour passer à l'acte. Avec, en prime, le risque d'un déchaînement de violence et un important préjudice moral - on se souvient du traumatisme subi par le fameux «papy» d'Orléans, dont le visage tuméfié fit la une des journaux télévisés à la veille du premier tour de l'élection présidentielle de 2002.

Les agressions dans les trains de banlieue se multiplient, elles aussi, malgré les importants renforts déployés. Ce ne sont pas les contrôleurs et les conducteurs molestés ces dernières semaines qui diront le contraire. Le fait d'avoir concentré énormément d'uniformes dans l'enceinte de la gare du Nord, pour éviter une répétition des émeutes - politiquement délicates - a probablement dégarni certaines lignes. Les policiers conseillent même aux touristes de se regrouper s'ils doivent emprunter une des dernières rames du RER.

4- L'explosion des gardes à vue
Parmi les indicateurs de performance mis en avant par la police et la gendarmerie, le nombre sans cesse plus impressionnant des gardes à vue. Le problème, c'est que ce chiffre ne dit absolument rien de la dangerosité du gardé à vue. Est-il le dernier rouage ou bien le cerveau d'un trafic de drogue? A-t-il simplement tiré la langue aux policiers ou insulté une sommité? L'une des raisons pour lesquelles on use et abuse de la garde à vue est bassement comptable: il faut toujours faire mieux que le mois précédent. La qualité, encore une fois, passe au second plan. Autrefois réservée aux cas les plus lourds, la garde à vue s'est banalisée: on embarque volontiers une mère de famille pour tapage nocturne, au risque de l'humiliation, alors qu'une simple contravention aurait suffi. Et cet abus sera présenté, dans le bilan, comme un signe d'excellence! Que la garde à vue ait duré une heure ou vingt-quatre heures...

Le phénomène est identique pour les «personnes mises en cause». On se gausse de l'explosion de ce chiffre, sans jamais préciser qu'un nombre non négligeable de ces personnes ont été par la suite mises hors de cause. «On produit à la chaîne et on emballe le paquet cadeau, résume un commissaire. Mais, sur 100 paquets, on en mettra 90 à la poubelle, au risque de désespérer une génération de flics!»

Conclusion provisoire: la police et la gendarmerie travaillent beaucoup, mais nombre de leurs indicateurs sont artificiels - plus tronqués, en tout cas, que le nombre de blessés en service (environ 10 000 par an), de morts (en moyenne une dizaine) et de suicidés dans les rangs (près de 50 en 2008). Et gare à celui qui ne se conforme pas aux prévisions: les moyens sont accordés au vue des résultats. «Pour conserver ses effectifs, confie un cadre de la PJ, on se débrouille pour apporter les chiffres qu'ils ont envie d'entendre.»

5- L'arnaque des voitures brûlées
Le nombre de voitures brûlées reste bien plus élevé qu'au temps où la droite, dans l'opposition, poussait des cris d'orfraie contre l'impéritie socialiste. Sauf que l'opinion s'y est habituée et que les médias s'en désintéressent. Une moyenne de six voitures brûlées chaque nuit dans une ville comme Toulouse, 2 000 au total dans l'année, ça ne fait plus la une! Pourtant, quand il n'y en avait que 500, les journaux en parlaient pendant une semaine. Il fait dire que le gouvernement a trouvé un argument choc: ces voitures qui flambent, ce sont des escroqueries à l'assurance!

Notons, enfin, qu'il a fallu déployer plus de 35 000 policiers dans la nuit de la Saint-Sylvestre pour contenir la flambée des voitures. Avec, à la clef, 1 047 carcasses calcinées - pour mémoire, il y en avait eu 450 durant la même nuit en 2002. Sur l'année, on est passé de 11 000 à plus de 50 000.

Pourtant, les services de police rivalisent de subtilité pour limiter la casse officielle. En ce qui concerne la très symbolique nuit de la Saint-Sylvestre, il suffit d'arrêter les compteurs au lever du jour, bien avant qu'un certain nombre de plaignants ne découvrent leur voiture calcinée. Pour traiter le tout-venant, tout au long de l'année, on joue avec les mots. Quinze voitures brûlées, c'est un seul fait constaté si l'on considère que 14 d'entre elles ont été incendiées «par propagation» - autrement dit par «accident». De la même façon, un feu de poubelle, un jet de projectile, des invectives et une voiture brûlée dans la même nuit peuvent se transformer en un seul et unique fait constaté.

6- Quartiers «sensibles»: sept ans perdus
«L'insécurité est la première des injustices parce qu'elle touche les plus fragiles, les plus précaires. Elle doit être combattue sans relâche par l'affirmation de l'autorité de l'Etat», rappelaitrécemment Nicolas Sarkozy, retrouvant pour l'occasion des accents de campagne. C'était vrai lorsqu'il a commencé à «s'occuper de la sécurité des Français», en 2002. Le simple fait qu'il soit obligé de le rabâcher sept ans plus tard prouve que c'est encore d'actualité. Ce ne sont pas les habitants des quartiers de ces cités qu'il disait vouloir «nettoyer» qui diront le contraire.

Il y a cependant du neuf sur le terrain. L'option CRS, boucliers et lacrymogènes, en vigueur depuis la suppression de la police de proximité, a vécu: l'heure est aux unités territoriales de quartier (UTQ). Il en existe aujourd'hui huit dans la Seine-Saint-Denis, dont on nous annonce qu'elles font reculer la «délinquance de proximité». L'Elysée a programmé leur généralisation à tous les quartiers sensibles d'ici à 2012. «Fermeté absolue avec les délinquants, confiance avec la population», telle est la consigne d'un président qui ne veut pas entendre dire qu'il rétablit, faute de mieux, ce qu'il a sacrifié hier.

«Le match de rugby avec les jeunes, je n'ai rien contre, mais ce n'est pas le travail de la police», répète-t-il en écho au discours qu'il tint sept ans plus tôt à Toulouse, avant de pendre en place publique Jean-Pierre Havrin, le directeur départemental de la police, qui se targuait d'obtenir de bons résultats grâce à sa police de proximité. Désormais adjoint au maire socialiste de la Ville rose, le commissaire à la retraite se réjouit de voir la police revenir dans ces quartiers où plus un gardien de la paix n'ose s'aventurer à pied. «Les gens n'aiment pas les flics, mais ils aiment leurs flics, dit-il. Quand on connaît la population, on n'interpelle pas n'importe qui, n'importe comment. On isole les voyous au lieu de stigmatiser tout un quartier. Mais, pour cela, il faut recréer des liens de confiance». Un peu ce dont rêve aujourd'hui la ministre de l'Intérieur, Michèle Alliot-Marie, convaincue que sécurité ne rime pas forcément avec «Kärcher». Il est temps...

Tous les observateurs le disent: «Dans les banlieues, ça peut exploser à tout moment.» L'ampleur que prennent les bagarres entre bandes, qui règlent leurs comptes jusque dans Paris, est un avertissement sérieux. Pourra-t-on renouer les liens défaits? Pas évident. Surtout si les policiers envoyés dans les quartiers restent soumis à la pression des chiffres - en plus des cailloux, radiateurs ou tambours de machines à laver qu'ils ne manqueront pas de recevoir du haut des barres d'immeubles sur leurs voitures. Au passage, notons cette trouvaille de l'administration pour faire baisser la courbe des violences urbaines: chaque fois qu'une patrouille reçoit un projectile, elle doit désormais, en plus du rapport, dresser un constat amiable. «On préfère ne rien dire et rentrer une heure plus tôt à la maison», glisse un gardien de la paix. Une nouvelle règle très efficace pour contenir les statistiques.

Mais, dans ces quartiers, les habitants ne sont pas dupes: l'insécurité, ils ne la voient pas à la télévision mais depuis leur balcon. Ceux de Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) sont à ce titre plus lésés que les autres: ils attendent toujours le grand commissariat promis par Nicolas Sarkozy au lendemain des émeutes de novembre 2005. Aux dernières nouvelles, ce serait pour 2010...

7- Immigration: les chiffres en trompe l'oeil
Le gouvernement se gargarise avec le nombre des étrangers en situation irrégulière (ESI) démasqués en 2008 (+ 68%). Mais il s'abstient de dire combien de reconduites à la frontière prononcées ont été réellement exécutées: une infime minorité. La plupart des personnes arrêtées sont restées en France, parce que l'a justice s'est montrée incapable de répondre à un tel engorgement. Mieux, une partie de ceux qui ont été expulsés sont revenus, non sans avoir, pour certains, encaissé la somme proposée par l'Etat aux «volontaires». Au passage, ces milliers d'étrangers ont fait bondir le fameux taux d'élucidation: un clandestin au poste, c'est une affaire résolue. Facile. Mais Eric Besson, le successeur de Brice Hortefeux, aura du mal à faire mieux en 2009 d'entrée des Roumains et des Bulgares dans l'Europe privera les troupes d'une importante pompe à «ESI».

Non seule ment on touche ici aux chiffres les plus virtuels, mais de plus en plus de policiers font savoir qu'ils considèrent cette partie de leur travail comme «débilitante». «On ne contrôle plus que du bronzé, parce que c'est avec eux qu'on fait notre chiffre», confie un gardien de la paix. Même les policiers affectés à la sécurité des trains de banlieue se plaignent de ne plus «bosser que pour Hortefeux»- aujourd'hui pour Eric Besson -, délaissant pickpockets et les voleurs de bagages.

Comment, dès lors, quantifier le travail de fourmi réalisé par quelques policiers incompris pour démasquer les filières d'immigration clandestine? Comment motiver des troupes à qui l'on fait comprendre qu'il vaut mieux arrêter dix fois dans l'année le même clandestin sur le fleuve qui sépare la Guyane du Brésil que de démanteler le réseau qui lui permet de recommencer?

8- La flambée des braquages
Que n'aurait-on entendu, avant 2002, si le nombre de boulangeries, épiceries, supérettes, stations-service et boucheries braquées avait augmenté de 15% en une année? C'est pourtant ce qui vient de se produire. La criminalité «générale» baisse, mais, dans le détail, c'est un désastre.

«En matière de crime organisé et de vols à main armée, on assiste à une véritable perte de contrôle de la situation», admet Alain Bauer, le «M. Statistiques» du gouvernement. Après un mois de décembre 2008 catastrophique, tous les indicateurs sont au rouge pour 2009. Armés de pistolets à grenaille pour limiter la peine encourue, ou d'armes de guerre dont ils ne savent pas se servir, ces braqueurs «nouvelle génération» sont prêts à tout pour quelques centaines d'euros. A raison de deux ou trois braquages par semaine, le jeu finit par en valoir la chandelle, mais le drame n'est jamais loin. Sans compter qu'à terme ces attaques répétées contre les petits commerçants risquent de peser sur le climat politique. A fortiori en période de crise...

Les agressions à domicile - ou «saucissonnages» -, une des spécialités du milieu manouche, sont elles aussi en progression. Des équipes sillonnent la France à la recherche de la villa isolée, loin des villes trop «fliquées». Une fois la cible désignée, de préférence une personne âgée réputée fortunée ou un actif susceptible de brasser des espèces, patron de discothèque ou riche forain, elles passent à l'attaque à la tombée de la nuit. La victime est maltraitée jusqu'à ce qu'elle indique l'emplacement de son coffre-fort. Un phénomène aggravé, là encore, par la crise: en effet, depuis quelques mois, de nombreux épargnants ont retiré leurs économies de banques auxquelles elles ne font plus confiance. Ainsi, un habitant de l'Essonne a récemment retiré en deux fois 1,2 million d'euros de son compte. Les «saucissonneurs» l'ont suivi jusqu'à son domicile depuis le magasin où il avait acheté son coffre - les fabricants seraient d'ailleurs au bord de la rupture de stock-, avant de le dépouiller.

Les escroqueries via Internet - 381 000 affaires recensées en 2008 - flambent elles aussi, mais elles sont nettement plus indolores, à part pour le portefeuille.

9- La grande illusion
Au-delà de ces arrangements avec les chiffres, il reste un écueil majeur que ne traduisent pas les statistiques: personne n'a songé à donner à la justice les moyens de répondre à l'engorgement provoqué par l'afflux des petites affaires. Pas un juge de plus, pas un greffier de plus, juste quelques places de prison supplémentaires, et encore. Les tribunaux sont donc incapables de répondre à la demande.

Sur 100 faits constatés, 37 sont élucidés, mais combien d'auteurs sont réellement poursuivis par la justice? Une dizaine au maximum, avance un spécialiste. «Six de ces auteurs seront relaxés, quatre seront condamnés, mais deux seulement effectueront leur peine.»Plausible, mais, hélas, invérifiable: les chiffres de la justice ne sont pas connus. Dommage pour les victimes, si chères au coeur de Nicolas Sarkozy, qui promet que tout devrait changer en 2010. Mais nul ne sait comment l'opinion réagira en découvrant que plus de 80% des affaires transmises par la police sont classées sans suite. Et pas seulement à cause des juges. A force de privilégier la quantité, policiers et gendarmes ne prennent plus toujours le temps de ficeler correctement les procédures. Mais le temps politique a ses exigences: il faut que ça paye tout de suite, et peu importe si les hommes en uniforme, sur le terrain, ont parfois l'impression de récolter l'écume après avoir labouré la mer. Autrement dit, de produire des bonnes statistiques destinées à rassurer le peuple.

Jusqu'au jour où ce matraquage politique et médiatique ne produira plus aucun effet.

Source:http://www.marianne2.fr/INSECURITE-C-EST-PIRE-QU-AVANT_a177357.html

 
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