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05/04/2012

Sarkozy/Bettencourt:Ca va puer gravement

Sarkozy/Bettencourt:Ca va puer gravement!

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« Une commission rogatoire délivrée au début de mars par le juge bordelais Jean-Michel Gentil a tétanisé la brigade financière. En pleine campagne présidentielle, le magistrat chargé du dossier Bettencourt demandait aux policiers d'aller farfouiller dans les comptes des fournisseurs de la campagne de Sarkozy en 2007. Imprimeurs, services de sécurité,colleurs d'affiches, organisateurs de meetings... Le juge, qui a déjà fait saisir les comptes du can­didat UMP de l'époque, leur a donné pour consigne de cibler les entreprises susceptibles d'avoir été payées avec de l'argent liquide provenant des comptes suisses de Liliane Bettencourt.

La démarche a sidéré la hiérarchie policière.D'ordi­naire, à la veille des échéances électorales, les magistrats res­pectent une sorte de trêve sacrée, et mettent en sommeil leurs dossiers trop sensibles. La coutume semble avoir du plomb dans l'aile au palais de justice de Bordeaux. Mais pas chez les poulets, qui ont ima­giné l'effet que produirait l'an­nonce d'une perquisition ef­fectuée juste avant le scrutin chez un ancien prestataire de Sarko. Courageuse mais pas téméraire, la brigade finan­cière a donc décidé - sans con­sulter le magistrat - de ne pas exécuter les ordres reçus. Du moins, pas avant le second tour de la présidentielle.

Noël Robin,le patron de la brigade,a fini par cracher le morceau à Jean-Michel Gentil, qui s'inquiétait à la fin mars de l'avancement de l'enquête. Aux dernières nou­velles, le juge n'aurait pour­tant pas pris ombrage du refus des poulets et aurait décidé d'attendre sagement les élections avant de repartir à l'assaut.

Liasses voyageuses

La financière n'a d'ailleurs pas décrété une grève totale du zèle. Elle continue de tra­vailler sur des aspects moins brûlants du dossier. Ses in­specteurs cherchent ainsi tou- jours à identifier le mystérieux factotum qui apportait l'oseille rapatriée de Suisse - 4 mil­lions d'euros entre février 2007 et décembre 2009 - à Patrice de Maistre, l'ancien bras droit de la milliardaire, aujourd'hui en détention provisoire.

Pour l'instant, rien ne prouve que tout ou partie de ce bel argent a été versé à l'UMP. Les enquêteurs ont juste relevé de troublantes coïncidences. Ainsi, 400 000 euros en liquide sont remis, le 5 février 2007, à Patrice de Maistre. Deux jours plus tard, le trésorier de l'UMP, Eric Woerth, a, de son propre aveu, rendez-vous dans un café avec le gestionnaire de fortune. Et, à la date du 24 février, les agendas de Liliane et de son défunt mari, André (saisis par la justice), portent, comme l'a indiqué le site de « L'Express », la mention d'une visite effectuée à leur domicile par un certain « Monsieur Nicolas S ». Pour des remerciements chaleureux ? Vu l'emploi du temps du candidat, Liliane et André ont sûrement apprécié cette délicate attention à sa juste valeur...

Autre hasard, le 26 avril, entre les deux tours de la présidentielle, 400 000 euros, encore, ont été retirés. Le même jour, le photographe François-Marie Banier note sur son carnet intime cette confidence de Mme Bettencourt: « De Maistre me dit que Sarkozy demande encore de l’argent.Si je dis oui,comment être sûr qu'il lui donne bien ? » Patrice de Maistre se défend en tout cas d'avoir gardé le moindre bifton pour son usage personnel. Au bord des larmes, il s'est écrié le 29 mars devant la chambre de l'instruction de Bordeaux qui s'apprêtait à le maintenir au trou : « Je n'ai rien fait de ce qui m’est reproché,j’ai seulement travaillé.Ce que je n'ai fait,c'est arrêter un système qui existait depuis quarante ans. »

Craquera, craquera pas ?

Ce début d'aveu vise, au premier chef, André Betten­court, mort en novembre 2007. L'ex-ministre gaulliste était bien connu du monde politique pour ses largesses. Mais, depuis son décès, le « sys­tème » semble avoir perduré. Et l'équipe Sarkozy balise à l'idée que l'ami de Maistre puisse craquer. « S'il se met à parler, Nicolas est foutu », soupire un financier, proche du Président.

Fillon, lui-même, a volé au secours du prisonnier au micro de France Inter (29/3). « On peut s'étonner sur les raisons (sic) qui conduisent à écrouer cet homme par rapport aux rè­gles qui sont celles de notre jus­tice », s'est exclamé le Premier ministre. Se rendant compte de sa bévue, il a presque aussitôt rectifié ses propos : « Je suis garant aussi du bon fonctionnement des institutions judiciaires, donc je retire cette phrase. »

Après de Maistre, un autre« gros client » attend le juge Gentil : Jean-Pierre Meyers, le gendre de Liliane, qui paraît avoir joué un rôle clé dans la gestion des sous planqués en Suisse. Ce que dément, par avance, l'intéressé dans une interview à paraître dans « Paris Match ».

Un témoin a pourtant raconté au « canard »  les nombreuses et actives visites rendues par Jean-Pierre Meyers à l'avocat genevois René Merkt,qui gérait les fonds oc­cultes. Parfois en compagnie de Patrice de Maistre. Parfois seul. Et la disparition de 4 millions n'avait pas eu l'air de l'é­mouvoir. C'est si peu de chose... »

Hervé Liffran Dominique Simonnot - Le Canard enchainé

 

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